Le changement c’est d’abord un processus naturel, inhérent à notre condition humaine.
Nous vieillissons tous les jours un peu ; certains ont les cheveux qui blanchissent, d’autres qui tombent. Des rides se forment au fil des jours sur notre visage. Nos cellules meurent lentement, irrémédiablement. Nos enfants naissent puis marchent, parlent, muent, ils nous enquiquinent, bref ils changent en grandissant, comme nous changeons en vieillissant. Ce faisant nous attrapons mauvais caractère ou au contraire nous devenons plus sages. Les générations se succèdent. Tout évolue au fil du temps et des saisons, imperceptiblement parfois mais toujours avec certitude. Et à chaque mouvement il faut se réajuster, retrouver une forme qui nous aille, continuer d’avancer, continuer de vivre, jusqu’à la fin de notre vie à laquelle succèderont d’autres vies, différentes mais toutes éclairées par cette même évidence : vivre c’est changer !
L’impermanence des choses et des êtres est une vérité première qui éclaire notre existence.
Fort de cette vérité première, le changement ne s’accompagne pas, il se vit !
Au rythme où il s’accomplit.
Mais voilà que le changement est devenu un mot à la mode. Une injonction, une contrainte, une opportunité, un credo, un mode de vie, une preuve de notre excellence, un critère de mesure de notre potentiel, Nous avons fait du changement un mot guerrier, un mot presque grossier qui fait peur, qui excite, qui attriste, qui révolte. Le changement est devenu un savoir-faire managérial, une stratégie, une nécessité absolue, un argument élitiste, une arme d’oppression massive, une manne pour les consultants aussi.
Alors il faut l’impulser, le conduire, l’accompagner, le gérer, le manager, l’orchestrer, l’accepter, y adhérer ; il faut le recommander, le mettre en œuvre, le dessiner, l’entreprendre, l’engager. Bref ! Il faut du changement.
Abraham Lincoln recommandait de ne pas changer de cheval au milieu de la rivière.
Las ! A peine a-t-on réorganisé un service que déjà il faut changer les pratiques managériales et puis changer les managers, et puis aussi les procédures, et les supports commerciaux, et le système informatique et tout ça est toujours urgent !
A ce rythme, le changement est devenu insupportable, invivable, inacceptable.
En devenant à la mode le changement a perdu tout son sens, et nous avons perdu par la même occasion le sens du raisonnable.




