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Etre responsable

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J’ai récemment été interpellée par une personne qui m’a posé la question suivante : « Pensez-vous que nous, humains, arriverons à être en joie sans perspective d'évolution globale et planétaire ? Comment s'insérer véritablement joyeusement dans une société qui va droit dans le mur ? »

Je pense que l'un des maux essentiels de l'homme réside dans la propension très généralement partagée à faire dépendre son bien-être de ce qu’il advient en dehors de soi.

Peut-être, la planète part-elle à vaux l'eau et peut-être notre humanité est-elle en train de se dissoudre - qui sait ? - mais brandir ces épouvantails relève d'une approche que je qualifierais de névrotique, car reposant sur la peur et totalement déresponsabilisante.

Je crois profondément que la ressource est en nous. En chacun de nous il y a un noyau inviolable, inaltérable, magnifiquement décrit par Primo Levi ou Viktor Frankl. C'est là que réside notre force, notre puissance à agir, notre joie intérieure ; c'est ce noyau que nous avons à contacter pour trouver ou retrouver de l'énergie et du sens, quels que soient les avatars du monde moderne, et pour mieux combattre ses avanies.

La "volonté de sens" est ce qui m'anime et que je tente de faire partager à mes clients confrontés à cette société "qui va droit dans le mur".

Car si nous ne sommes pas toujours directement ou indirectement responsables des situations auxquelles nous sommes confrontés, nous sommes toujours pleinement responsables de la manière dont nous nous comportons face à ces situations.

Or, presque toujours nous cherchons d’abord «un responsable» à ces situations, un responsable extérieur, afin de réparation.

«Responsable mais pas coupable» disait hier Georgina Dufoix; c’était il y a un siècle ! Aujourd’hui, il n’y a plus que des coupables ... les autres, et plus personne n’est responsable !

Dans cette quête à tout prix d’un "responsable-coupable", nous perdons jusqu’à notre sens commun, nous n’acceptons désormais pas plus la fatalité que les erreurs humaines. D’ailleurs nous ne sommes même plus capables de reconnaître la fatalité lorsqu’elle se présente à nous.

La mort elle-même est devenue inacceptable alors même qu’elle est intrinsèquement liée à la vie. Dans les situations les plus improbables nous n'avons que ces mots à la bouche : «Que font le gouvernement, l’État, les autres ?»

Dans l’entreprise où il est de bon ton de promouvoir la responsabilité comme un critère de maturité managériale, c’est tout l’inverse qui se joue. Les cadres supérieurs, bardés de diplômes et payés en conséquence, ne disent que très rarement ce qu’ils pensent vraiment à leur président, lequel bien souvent les a choisis pour cela !

Les salariés sont dans la même posture ; ils peuvent être mécontents, insatisfaits, demander à être mieux reconnus et aussi à être défendus, mais ils ne sont que très peu nombreux à participer aux élections de leurs représentants.

Et tout ce petit monde a toujours de bonnes raisons pour ce faire : «Ça ne sert à rien», «de toute façon il ne m’écoutera pas», «ils sont nuls», «un tel l’a fait ou l’a dit, autrefois, et ça s’est très mal passé pour lui», etc.

Et tout ce petit monde de se plaindre à l’envie ...

La responsabilité réside d’abord dans l’authenticité du soi.

Énoncer ce qui fait sens pour moi, dire à l’autre ce que je ressens en sa présence, dire à l'autre l'impact sur moi de ce qu’il dit ou fait. Prendre la responsabilité de mes actes face aux situations, cesser de projeter mes attentes et mes rancœurs sur l’autre, oser faire autrement. Être moi-même.

Là est la clef de notre libre arbitre. Mais est-ce seulement cela que nous voulons où préférons-nous le confort de notre immaturité à l’épreuve de notre pleine responsabilité ? ...