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Accueil Réinventer l'entreprise Autonomie et responsabilité Le malade imaginaire et la souffrance au travail


Le malade imaginaire et la souffrance au travail

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“Il y a ceux qui souffrent et ceux qui disent souffrir”. J’ai trouvé dans cette phrase d’un internaute, il y a quelques mois, matière à réagir. Je partage à bien des égards l’opinion selon laquelle, en résumé, la souffrance au travail est devenue, parmi d’autres, un sujet “à la mode” qui nourrit de ce fait quelques professions en mal de reconnaissance en même temps que la tendance naturelle de notre société à se répandre dans la victimisation. J’ai conscience d’être plutôt radicale en écrivant cela mais je dois reconnaître que la propension naturelle de certains hérauts de la bien pensance à voir le mal partout m’horripile au plus haut point car elle va, me semble-t-il, à l’encontre du but recherché.

Et quand je vois des salariés si vite entraînés à croire que leur sort est insupportable et s'enfermer dans le rôle de la victime d’un système qui les dépasse, je me dis que nous avons collectivement perdu le sens de la mesure et avec lui la raison !

DRH pendant plusieurs années, j’ai souvent été interpellée à propos de faits que mes interlocuteurs avaient trop vite fait de qualifier de pressions scandaleuses, voire de harcèlements, et qui, après vérification, n’apparaissaient être le plus souvent que le fruit du fonctionnement habituel d’un groupe d’hommes et de femmes avec son lot de malentendus, de rancœurs et d’autoritarisme…

De fait, l’entreprise est un univers d’hommes et de femmes qui y importent leurs visions du monde, leurs prédicats éducatifs et culturels, leurs névroses mêmes, et avec elles tout ce qui fait la condition humaine.

L’entreprise “moderne” recherche quant à elle toujours plus d’efficacité, de performance, de résultats et parfois même un développement durable, mais elle méconnaît les dimensions relationnelles et symboliques propre à tout groupe humain.

De là je crois vient en grande partie le profond malaise qui l’habite aujourd’hui. Car, à mes yeux, le malaise est réel et la souffrance est bel et bien là, profonde ! D’abord, bien sûr, pour les salariés - il en existe encore beaucoup- réellement harcelés ou souffrant de conditions de travail ou managériales d’un autre âge ; ensuite, pour tout ceux qui ne sont pas harcelés ou dont les conditions de travail sont raisonnablement acceptables mais qui vivent un conflit intérieur souvent très profond entre ce qu’ils sont, leurs aspirations, leurs visions du monde, leurs besoins supposés, et ce que leur propose de vivre l’environnement professionnel qui est le leur.

Ici, je crois que l’on peut parler de malade imaginaire, au sens ou le salarié reproche à l’entreprise quelque chose qui relève davantage du phantasme que de la réalité. Pour autant, le malade imaginaire souffre réellement et si cette souffrance n’est pas prise en considération en tant que telle, au simple motif que la maladie est imaginaire, alors se creuse un fossé de plus en plus profond entre le salarié et son entreprise, et le malade imaginaire va somatiser…

Devenue Coach, je fais le pari que l’enjeu de demain est de faire que chaque acteur de l’entreprise se sente et devienne coresponsable de ce qui y advient. Nous avons à développer la responsabilité et l’autonomie de chacun, non pas en usant et abusant de formation à telle ou telle technique de pilotage ou de délégation, mais en faisant prendre conscience à chacun qu’il est responsable de sa vie, dans l’entreprise comme dans sa sphère privée. Sortir du carcan si paradoxalement confortable de nos croyances et de nos conditionnements -érigés en vérité première par notre éducation et la culture ambiante- pour ouvrir de nouveaux espaces de réalisation. “Ce ne sont pas les situations que nous avons à vivre qui sont difficiles, c’est la manière dont nous les considérons qui les rend difficiles”.