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Le plaisir au travail : Pourquoi faire ?

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Le plaisir au travail est un thème à la mode mais pourquoi faire ?

J’ai idée que « la bonne conscience a peu de choses à voir avec la vraie conscience ».

En voulant que les salariés trouvent ou prennent du plaisir dans leur travail l’on s’inscrit je crois dans une forme de toute puissance. Vouloir quelque chose pour quelqu’un, c’est avoir un projet sur lui, c’est l’amputer de son droit à être différent.

Les managers qui organisent des formations ludiques ou des séminaires décalés avec pour cahier des charges de remotiver les équipes en leur donnant du plaisir, se leurrent en se donnant bonne conscience. On permet aux employés un moment de rire et de détente et puis l’on siffle la fin de la récréation et l’on en demande encore un petit peu plus en renforçant les objectifs, les contrôles et parfois même le flicage. Quel salarié aurait l’outrecuidance de se plaindre après tout ce mal que l’on s’est donné pour satisfaire son besoin présumé !

Durant ma carrière, j’ai rencontré beaucoup de salariés sérieux et graves qui accomplissaient leur tâche avec rigueur et efficacité, sans plaisir apparent… Pour moi qui suis d’un naturel plutôt joueur et qui ai développé un mode de management fondé sur le rire, ces personnes étaient comme des éteignoirs qui cassaient l’ambiance délibérément clown que j’aimais à créer. Jusqu’au jour où j’ai compris que beaucoup de ces personnes éprouvaient une joie intérieure profonde à travailler ainsi, en conscience. Conscience de ce qu’ils étaient en train d’accomplir, joie, de vivre intensément l’instant du travail dans une forme de discipline, presque ascétique dans certains cas.

Plutôt que du plaisir au travail, je préfère parler de la joie à se réaliser dans le travail. Cette joie intérieure que nous portons tous en nous, parfois très profondément enfouie, est une formidable ressource pour l’entreprise qui sait l’appréhender.

Contrairement au plaisir, la joie ne dépend pas des circonstances extérieures, elle est d’abord « une inclination du dedans ».

Elle ne se manifeste pas nécessairement dans le jeu, le rire ou les facéties à la mode. Elle survient quand la personne se trouve en plein accord avec ce qu’elle est, avec son « désir essentiel » et cela, aucune entreprise, aucun manager ne saurait le décréter à la place de quiconque. La joie devient alors un carburant au service de la personne et de son entourage.

Ainsi, si les jeux et le plaisir qui en découle parfois peuvent être utiles au monde du travail comme peut l’être un moment de détente dans un rythme soutenu à l’excès, ils n’ont à mon sens aucun effet durable sur la performance de l’entreprise.

Pour cela, c’est à une autre forme de ré création que nous avons à nous atteler : la création d’un nouvel espace de travail où l’intelligence relationnelle d’une part, et l’intelligence symbolique d’autre part ont toute leur place. L’intelligence symbolique, c’est donner du sens. Non pas seulement dire où l’on va et quels sont les objectifs de l’entreprise, en organisant par exemple des conventions annuelles amusantes et décalées, mais aussi et surtout dire le sens de la tâche de chacun, ou plus exactement permettre à chacun de trouver un sens aux tâches qu’il a à accomplir. Donner du sens, c’est permettre à chacun de se réjouir : se réjouir de la discipline quotidienne à laquelle l’on parvient à se soumettre en refaisant tous les jours les mêmes gestes, se réjouir de la forme que l’on a su modeler, se réjouir d’être attendu tous les jours au sein d’une équipe, se réjouir du bonjour quotidien, se réjouir de son rôle au sein de la structure etc.

L’intelligence symbolique d’un manager réside dans sa capacité à imaginer que ce qui fait sens pour lui ne le fait pas nécessairement pour ses collaborateurs, et à l’accepter. Accepter cela, c’est accepter qu’il puisse y avoir des désaccords, des démissions, sans jugement ; c’est ouvrir la voie à une nouvelle forme de managements porteuses de sens autant que de performances, dans un souci de responsabilité et pour la réalisation de tous !

« La plus constante marque de sagesse, c’est une constante réjouissance » (Montaigne).